Ma migraine à moi

Elle survient comme ça, en un clin d’œil, sans raison apparente. Je n’ai rien fait de spécial. Je n’ai rien mangé ni bu d’inhabituel. C’est une journée tout à fait comme les autres… et boum !

Depuis des années, je cherche un fil conducteur, une logique. Un temps, j’ai cru avoir trouvé la réponse absolue : grossesse, accouchement, allaitement, prise de traitements hormonaux… Le lien était évident. À chaque bouleversement hormonal important correspondait une nouvelle vague de crises. Pourtant…

Un dernier « pic » complètement inexpliqué ces dernières années est venu remettre en cause mon hypothèse du tout hormonal !

Retour à la case départ, avec de nouvelles inquiétudes et des questions en pagaille…

Aura, qui es-tu ?

Tu arrives toujours sans prévenir quand je ne m’y attends pas. Tu surgis de nulle part, coup de tonnerre dans un ciel radieux ; coup de canon qui vient plomber ma journée. Au début, je n’en suis pas sûre. Est-ce un reflet ? Un effet d’optique ? Une lumière trop intense qui m’aurait éblouie ? Mais non : c’est bien toi. En un clin d’œil, je te reconnais. Un clin d’œil et tu t’installes sans y avoir été invitée. Le monde se brouille autour de moi. Les choses deviennent fugaces et insaisissables à ma vue. Je sais que j’ai deux cachets roses dans la paume de ma main. Je les avale sans les voir. De toute façon, ils ne font pas le poids contre toi. C’est une bataille perdue d’avance. La douleur viendra, c’est sûr. Elle s’insinuera mine de rien, très discrète d’abord. Puis elle se logera carrément dans la moitié de mon crâne et je ne serai plus qu’une loque.

Mais pour l’instant, je me sens bien. Je n’ai pas mal : je regarde l’étrange tableau cubiste en mouvement que tu m’offres à voir… Comme c’est drôle ! Et comme c’est fatigant ! Il vaut mieux s’allonger et fermer les yeux. Bientôt, tu feras du moindre mouvement une torture. Bientôt, ils me parleront et je ne les comprendrai pas. Les mots m’abandonneront. Ils se feront volatiles et changeants dans ma tête. Je ne parviendrai plus à les attraper, à les mettre en ordre. Faire une phrase… Est-ce que ce mot va bien là ? Ou là ? Et puis d’abord, est-ce que c’est bien ce mot-là ? Qu’est-ce qu’il veut dire, déjà ? Je ne sais plus ! Que c’est fatigant ! Dormir. Je ne veux plus m’entendre peiner à penser. Je veux oublier les mots qui me trahissent, la douleur qui s’inscrit dans ma tempe, les picotements qui se baladent dans ma bouche… Je te sens qui bourdonne dans ma tête. Bzzz… Je déteste la lettre Z. Bzzz… Vomir-movir-dormir…  Je voudrais dormir. Vite, plonger dans l’oubli.

A mon réveil, je tâcherai comme d’habitude de reprendre le cours de ma vie là où tu l’as une fois de plus suspendu. Je ne m’agiterai pas. Je ne me pencherai surtout pas. J’éviterai les escaliers comme la peste. Je parlerai doucement. Surtout ne pas raviver le douloureux souvenir que tu m’auras laissé de ton passage.

Sournois héritage reçu du fond des âges, ta visite impromptue n’a pas duré deux heures ;  tu m’accableras pendant deux jours.

Pourquoi un blog sur la migraine ?

Non pas parce que j’ai besoin d’en parler tout le temps — loin de là ! La migraine fait partie de ma vie, d’accord, mais elle ne prend quand même pas toute la place ! D’ailleurs, j’imagine que je n’aurai pas tous les jours de quoi alimenter ce blog et c’est tant mieux ! Fort heureusement pour moi, je ne vis pas en mode migraine 24/24.

Non, c’est juste que depuis le temps que je trimballe mon petit paquet toute seule dans mon coin, je me dis qu’il serait peut-être bon de partager. Peut-être mon témoignage servira-t-il à quelqu’un ? Il m’est déjà arrivé d’arpenter le net de long en large à la recherche de témoignages qui auraient pu me rassurer (on a beau la connaître par cœur, notre petite camarade arrive toujours à nous surprendre), mais en vain. Sorti des sites médicaux et de leurs explications impersonnelles, la toile francophone est désespérément pauvre sur le sujet et nos questions restent sans réponses.

D’où l’idée d’un blog, pour parler de la migraine de l’intérieur et peut-être, si vous êtes au rendez-vous, pouvoir confronter mon expérience de migraineuse avec la vôtre.