La crise étudiante

Une crise studieuse ! En réalité, cette crise-ci fait partie de la longue série de mes crises de grossesse. C’est une petite crise parmi tant d’autres mais je me souviens d’elle comme si c’était hier.

J’étais en plein examen de grammaire anglaise. Pas un test, non. Un vrai examen. De ceux qui sont déterminants pour réussir votre année — ou la rater. Tout se passait bien. Concentration maximale ; l’enjeu était de taille. J’étais plutôt satisfaite et je me voyais déjà avec une note tout à fait honorable…

Vous devinez la suite, bien sûr : paf ! Aura déboule sans prévenir ! Sauf que cette fois, elle ne s’annonce pas clairement, comme d’habitude, en me privant de mes yeux. Non, cette fois, elle vient se balader sournoisement dans mon nez… elle descend dans ma gorge… J’ai tôt fait de la reconnaître malgré tout, mais qu’est-ce que j’ai peur ! Qu’est-ce que c’est que cette nouveauté ? Le nez ? La gorge ? Et si ça se mettait à enfler et que je m’étouffe ?!

Évidemment, je me serai inquiétée pour rien et Aura n’aura pour conséquence malheureuse que la note décevante de mon examen : « Mais enfin, Mademoiselle Machin, je ne comprends pas ! Qu’est-ce qui s’est passé » ??? — Ben oui, hein ?! Qu’est-ce qui s’est passé ?! Vas-y, toi, Aura : explique-lui !

Maintenant que j’y pense, je me dis qu’avec tous les examens que j’ai passés pendant mes études (et sachant que j’ai mené 2 grossesses pendant cette période-là), c’est carrément un miracle de n’avoir eu qu’une seule crise « étudiante »…

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La crise de grossesse

Les années passent. Aura maintient sa vitesse de croisière avec de petites visites trimestrielles qu’elle me rend en toute discrétion. La vie s’écoule…

Jusqu’au jour où : une crise (une : rien d’anormal à ça) ; puis une deuxième, quelques jours plus tard (quoi, déjà ?) ; puis une troisième dans la foulée (encore ?!). Waouw ! Aura ne peut plus se passer de moi , on dirait ?! Il se passe quelque chose. ÉvidemmentAura, elle, a tout compris avant moi : je suis enceinte !

Voilà notre Aura bourrée d’hormones et ça lui donne un grain de folie ! Pour cette première grossesse, elle sera pleine de fantaisie : respecter l’ordre établi — troubles de la vue, picotements, aphasie ? Mais tu rêves, ma pauv’fille !!! On est enceintes, quoi ! On s’amuse !!! Et vas-y que j’t’emmêle et que j’t’embrouille avec des crises toutes plus bizarres les unes que les autres.

– Bon, Aura, tout ça c’est bien joli mais j’suis un peu fatiguée, quand même. Tu pourrais pas me laisser souffler un peu ? J’ai cours, là…

Mais Aura fait la sourde oreille et les crises se succèdent, me plongeant à chaque fois dans la confusion : composer un n° de téléphone (ben oui, avant le portable, il fallait composer les numéros soi-même !!!), se souvenir d’une liste de vocabulaire, d’une règle de grammaire apprise la veille ? Peine perdue, avec Aura ! Elle vient tellement souvent que j’ai du mal à récupérer entre deux visites ! Sans compter que l’état nauséeux qui accompagne la crise ne fait pas très bon ménage avec l’appétit capricieux d’une femme enceinte.

Faut-il préciser au passage que c’est à ce moment-là que j’ai soigneusement rangé mes fameuses lunettes au fond d’un tiroir, où elles dormiraient encore si je n’avais pas déménagé depuis… Migraine ophtalmique = problème de vue ? Mon œil !

Pour mes 3 grossesses suivantes, Aura sera un peu plus conformiste, certes, mais tout aussi pressante. J’ai beau la connaître par cœur, quand je la verrai revenir 4 fois en 2 jours, bonjour la panique ! Ce sera pourtant lors de ma quatrième grossesse (et je ne serai donc plus une débutante en la matière), mais 4 fois en 2 jours : c’est flippant, même pour une pro de la migraine ! J’en parlerai très vite à ma gynécologue lors d’une visite de contrôle, espérant quelques réponses de la part d’une spécialiste… Mais rien. Pour ce genre de problèmes — me dira-t-elle — il faut s’adresser à un neurologue… Oui, mais moi, je lui parlais d’un problème hormonal (?!).

On est bien seul(e)s, n’est-ce-pas, face à notre Aura ?

La migraine avec aura, c’est quoi ?

J’aurais peut-être dû commencer par là ? Mais je ne voulais pas recopier platement ce qu’on trouve déjà sur des tas de sites d’information médicale. Moi, je voulais parler de la migraine vue de l’intérieur, côté vécu. Je voulais en dire ce qu’on ne trouve pas ailleurs et qui fait tant de bien à ceux qui vivent la même chose — ce que j’ai cherché moi-même pour me rassurer et que je n’ai pas trouvé ! Je dois dire que dans mon esprit, un blog entièrement consacré à la migraine avec aura ne pouvait intéresser que des personnes concernées par cette même maladie. Je n’avais pas envisagé qu’il soit nécessaire de clarifier les choses pour d’éventuels lecteurs non migraineux qui s’aventureraient ici (bienvenue à eux, quoi qu’il en soit !)…

Or donc, mes chers lecteurs non migraineux, si j’ai baptisé ma migraine du doux nom de « aura », ce n’est pas par une coquetterie bizarre de ma part, mais c’est simplement parce que c’est son nom : la migraine avec aura, également appelée migraine ophtalmique ou migraine accompagnée. Dans ces crises, le mal de tête migraineux s’accompagne de ce que l’on appelle une aura migraineuse — mais perso, j’ai toujours appelé ça « les troubles annexes ». Ces troubles se succèdent tandis que la douleur s’installe progressivement. Ils sont de durée et d’intensité variables d’une crise à une autre, avec des constantes par périodes (voir Mille et une crises pour le classement !). Dans mon cas, ce sont d’abord des troubles visuels, puis des picotements dans la main et la bouche, et pour finir, des troubles du langage. Le tout sur fond de nausées avec une sensation générale de faiblesse et de confusion.

Si vous voulez vivre la crise de l’intérieur, je vous propose de lire l’article dans lequel je la décris.

Si vous voulez en savoir plus au sujet des migraines (avec ou sans aura), j’ai trouvé cet article très complet sur le blog ivoiresvt.

Bonne lecture !

La crise « de croisière »

Ni trop violente, ni trop fréquente.

Après la virulence de sa crise d’adolescence, Aura calme un peu ses ardeurs et adopte une fréquence de croisière.

Tandis que je m’installe avec enthousiasme dans ma petite chambre d’étudiante et du même coup, dans ma nouvelle vie de jeune adulte, elle prend l’habitude de me rendre une petite visite trois ou quatre fois par an. Elle passe, juste comme ça, presque en copine, histoire de ne pas me laisser l’oublier…

J’ai presque envie de dire qu’elle s’invite gentiment pour le café… A l’époque, c’est ce qu’on m’a conseillé de prendre : du café stretto stretto, noir bien sûr, avec du jus de citron ! Beurk ! C’est parfaitement imbuvable. Et totalement inefficace ! Tout comme le paracétamol, que je continue à prendre malgré tout dès qu’Aura débarque. J’ai aussi des lunettes qui traînent à peu près partout ailleurs que sur mon nez… Elles sont censées corriger un défaut visuel imperceptible qui serait à l’origine de ces migraines ophtalmiques

Ma migraine à moi

Elle survient comme ça, en un clin d’œil, sans raison apparente. Je n’ai rien fait de spécial. Je n’ai rien mangé ni bu d’inhabituel. C’est une journée tout à fait comme les autres… et boum !

Depuis des années, je cherche un fil conducteur, une logique. Un temps, j’ai cru avoir trouvé la réponse absolue : grossesse, accouchement, allaitement, prise de traitements hormonaux… Le lien était évident. À chaque bouleversement hormonal important correspondait une nouvelle vague de crises. Pourtant…

Un dernier « pic » complètement inexpliqué ces dernières années est venu remettre en cause mon hypothèse du tout hormonal !

Retour à la case départ, avec de nouvelles inquiétudes et des questions en pagaille…

La crise adolescente

Celle-ci a toute la fougue et la violence de sa jeunesse. Après quelques années de calme plat, Aura revient en force pour mes 16 ans et là, chacun de ses passages me met K.O. pour 3 jours complets ! La douleur est insoutenable. Quoi que je fasse, rien ne la soulage. On m’a prescrit des comprimés à la caféine. Non seulement ils n’ont aucun effet, mais en plus, ils sont parfaitement infects et me rendent encore plus nauséeuse.

Je me revois en cours de français. Aura est là mais je ne veux pas me faire remarquer : j’attendrai la fin du cours pour m’éclipser discrètement… Je m’efforce malgré tout de continuer à prendre mes notes. J’entre sans même m’en rendre compte dans une sorte d’état second… La voix de la prof vient résonner étrangement à mes oreilles : « Vous ne vous sentez pas bien, Marie » ?

Il faut deux camarades pour me soutenir dans les escaliers : 3 étages pour descendre dans la cour, 2 pour monter jusqu’à ma chambre, à l’internat. J’y resterai clouée au lit pendant des heures, cherchant vainement une position pour soulager cette douleur. Je me serais tapée la tête dans les mûrs si ça avait pu y faire quelque chose !

Quand je jetterai un coup d’œil à mes notes de français, quelques temps après, je comprendrai ce qui avait alarmé la prof : à un moment donné, sur la feuille, on voit mon écriture partir complètement en vrille !!!  Entre nous, je n’ai plus jamais essayé de tenir le coup par la suite. C’est depuis lors que j’ai pris l’habitude de me mettre hors service dès qu’Aura pointe le bout de son nez. Je n’oppose aucune résistance ! Aura est là ? Hop : mes cachets et au lit !!! Tout ce que je veux, c’est réussir à plonger dans le sommeil avant de perdre mes mots.

Ah oui, j’allais oublier : la conclusion « logique » de ce nouveau pic de migraines ophtalmiques ? …Retour chez l’ophtalmo, bien sûr !!!

La crise débutante

La toute première, celle qui fait irruption un beau jour dans votre vie, sans y avoir été invitée. Vous pensez peut-être que pour une novice, cette crise-ci va faire une entrée discrète ? Eh bien, pas du tout ! Notre Aura n’est pas timide : quand elle se pointe, elle se pointe carrément !

J’ai 12 ans. Je suis en cours de sciences naturelles (ben oui, c’était une autre époque). C’est un samedi matin comme les autres. C’est peut-être même le printemps… Mme Michel donne son cours ; tous les visages sont tournés vers elle. Quant à moi… J’ai dû regarder un rayon de soleil avec un peu trop d’insistance : me voilà tout éblouie. Je regarde la prof : il manque une partie de son visage ! Si je regarde son nez, je ne vois pas de nez ! Si je regarde sa bouche, je vois son nez au dessus, mais pas sa bouche ! Qu’est-ce qui m’arrive ???

Maintenant que j’y repense, je n’ai pas vraiment le souvenir d’avoir paniqué. Je suppose que quelqu’un a dû mettre rapidement un nom sur ce qui m’arrivait et que cela aura suffit à me rassurer (Et puis, j’ai su ce jour-là que Papa aussi était migraineux ; et même Papy, alors…). Je ne me souviens pas d’avoir ressenti de l’angoisse. Plutôt de l’étonnement devant ce phénomène étrange.

Je me revois à l’infirmerie. Mes copines viennent me voir à la récré ; elles m’ont écrit une lettre. C’est à ce moment que je découvre la partie la plus troublante de mes crises : je ne peux plus lire ! Et en fait, je ne peux plus parler non plus. Les mots se mélangent, je ne sais plus ce qu’ils veulent dire. C’est épuisant.

Suite à cette entrée fulgurante, le diagnostic est évident. Le traitement l’est moins. Je vous le donne en mille : où envoie-t-on quelqu’un qui souffre de migraines ophtalmiques ? …Chez l’ophtalmo, bien sûr !