La crise à retardement

Comme une bombe ! Aura se fait explosive pour vous prendre en traître !

C’est d’abord une petite crise sans prétention, de celles qui vous immobilisent une petite heure de rien du tout et vous laissent tout juste un léger picotement dans la tempe…

Après une courte parenthèse, vous pensez joyeusement pouvoir reprendre le cours de votre vie comme si de rien n’était. Vous vous extasiez même du fait que ça n’ait pas duré plus longtemps et que ça n’ait pas été plus douloureux… Eh ben, vous ne devriez pas vous réjouir trop vite !

Vous croyiez vraiment qu’Aura allait se contenter d’une visite aussi discrète ? C’est mal la connaître ! La voilà qui revient en force vous torturer dans votre sommeil. Et vas-y que je me tourne et que je me retourne dans mon lit, cherchant vainement une position pour soulager cette douleur cuisante.

Nuit douloureuse. Réveil nauséeux. Matin au ralenti : surtout ne pas bouger la tête ; ne pas se pencher ; ne pas hausser la voix. Coûte que coûte, braver cette insupportable envie de vomir pour avaler quelque chose et pouvoir prendre un comprimé…

Aura frappe quand elle le veut…

La « non crise » d’allaitement

Une « non crise », en effet, puisqu’elle semblerait inexistante !

Au moment de rassembler mes souvenirs pour écrire ce post, qui aurait dû s’appeler « la crise d’allaitement », je me suis rendue compte que finalement… non ! J’ai rien là-dessus ! Au-delà des longues crises du post-partum, pas le moindre souvenir de visites d’Aura pendant les périodes d’allaitement. Il y en a peut-être eu, mais je ne m’en souviens pas, toute occupée que j’étais à materner ma progéniture !

Un peu de calcul pour résumer les choses :

4 x 9 = 36 mois. Soit 3 ans de grossesse.

15 + 21 + 12 + 24 = 72 mois. Soit 6 ans d’allaitement.

3 + 6 = 9 ans et des poussières de maternage intensif…

En conclusion, si l’on prend en compte les petits moments de battement entre deux maternités, on peut dire que pendant 10 ans de ma vie, j’ai alterné les périodes de grossesse (crises en pagaille !) et les périodes d’allaitement (crises au point-mort). Je serais curieuse de savoir quel mystère hormonal se cache derrière ces fluctuations, pas vous ?

Au terme de ces dix ans, Aura s’empressera de reprendre tranquillement sa petite vitesse de croisière (3 ou 4 visites par an), jusqu’à ce que… — mais ça, c’est une autre histoire !

La crise du post-partum

Celle-ci vaut vraiment le détour : une crise à rallonge qui duuure et se prolooonge…

Je l’ai expérimentée pour 3 accouchements sur 4 et je peux donc dire que cette crise-là a un profil bien particulier que je n’ai jamais retrouvé en aucune autre circonstance.

Alors, pourquoi Aura ne m’a-t-elle pas rendu visite après la naissance de mon premier enfant, ça, je ne me l’explique pas.  Elle boudait, peut-être ? Ou alors… Elle était JALOUSE (la vilaine) ?! Ça doit être ça.  Elle qui avait été si présente tout au long de cette première grossesse, on peut dire qu’elle a brillé par son absence dans les jours qui ont suivi l’heureux évènement (et personne ne s’en est plaint !).

Mais elle s’est rattrapée pour les trois naissances suivantes ! Oh, elle n’a pas rappliqué tout de suite à la maternité dès l’annonce de la nouvelle, pour une petite visite éclair. Non ! Madame a pris le temps de soigner son entrée, voyez-vous. Elle ne s’est pointée que deux jours après l’accouchement, avec la ferme intention de m’accompagner pendant… toute une semaine ! Un évènement aussi important dans ma vie ? Elle n’allait tout de même pas être en reste, hein ?! Il fallait bien qu’elle soit de la partie !

Une semaine d’une douleur latente avec des troubles à répétition. Une fois, j’te vois, une fois j’vois plus rien ! Tantôt, je parle, tantôt, je n’ai plus de mots en magasin ! La même crise qui se répète indéfiniment… J’suis dans un état… vraiment très proche de l’Ohio ! Entre deux « poussées » de ce que j’appelle les « troubles annexes », je marche au ralenti… Et évidemment, personne autour qui comprenne !

Quoique, j’ai eu affaire une fois à une infirmière de nuit qui a tout de suite compris de quoi il s’agissait en me voyant peiner pour trouver mes mots (je voulais lui demander des antalgiques mais, pfff… que c’était dur de mettre ces mots dans le bon ordre !). Elle m’a interrompu en me disant qu’elle avait la même chose et a couru me chercher les comprimés que j’avais tant de mal à lui demander. Une vraie bouffée d’air ! Comme je la remercie !!!

Les compagnes de chambres que j’ai eues n’ont pas été aussi compréhensives, avec leurs visites bruyantes et leur télé allumée à longueur de journée alors que j’aurais tant aimé un peu de calme pour récupérer entre deux « poussées ».

Quant à la puéricultrice, elle m’a dévisagée bizarrement quand je lui ai demandé de donner le bain à ma fille, le troisième jour : « je suis migraineuse. Avec les crises, je n’ai pas de sensibilité au bout des doigts, j’ai peur de la laisser tomber »… Regard sceptique. Visiblement, elle n’a jamais entendu parler d’Aura. Elle croit sans doute que je simule je ne sais quoi…

Là-dessus, la gynéco arrive et me demande comment ça va. Je lui explique que c’est le troisième jour et que, comme après chaque accouchement, Aura est là… Quelle naïveté ! Est-ce que j’ai vraiment cru qu’elle allait me dire « mais oui, Madame, c’est la fameuse migraine du post-partum ! »…

« Des migraines en post-partum ? Non, je n’ai jamais entendu ça… Vous devez être déshydratée à cause de la clim. Il faut boire plus ! » Mouais… Elle non plus ne connaît pas Aura. Comme si on pouvait la confondre avec autre chose !

Seule, comme toujours

La crise étudiante

Une crise studieuse ! En réalité, cette crise-ci fait partie de la longue série de mes crises de grossesse. C’est une petite crise parmi tant d’autres mais je me souviens d’elle comme si c’était hier.

J’étais en plein examen de grammaire anglaise. Pas un test, non. Un vrai examen. De ceux qui sont déterminants pour réussir votre année — ou la rater. Tout se passait bien. Concentration maximale ; l’enjeu était de taille. J’étais plutôt satisfaite et je me voyais déjà avec une note tout à fait honorable…

Vous devinez la suite, bien sûr : paf ! Aura déboule sans prévenir ! Sauf que cette fois, elle ne s’annonce pas clairement, comme d’habitude, en me privant de mes yeux. Non, cette fois, elle vient se balader sournoisement dans mon nez… elle descend dans ma gorge… J’ai tôt fait de la reconnaître malgré tout, mais qu’est-ce que j’ai peur ! Qu’est-ce que c’est que cette nouveauté ? Le nez ? La gorge ? Et si ça se mettait à enfler et que je m’étouffe ?!

Évidemment, je me serai inquiétée pour rien et Aura n’aura pour conséquence malheureuse que la note décevante de mon examen : « Mais enfin, Mademoiselle Machin, je ne comprends pas ! Qu’est-ce qui s’est passé » ??? — Ben oui, hein ?! Qu’est-ce qui s’est passé ?! Vas-y, toi, Aura : explique-lui !

Maintenant que j’y pense, je me dis qu’avec tous les examens que j’ai passés pendant mes études (et sachant que j’ai mené 2 grossesses pendant cette période-là), c’est carrément un miracle de n’avoir eu qu’une seule crise « étudiante »…

La crise de grossesse

Les années passent. Aura maintient sa vitesse de croisière avec de petites visites trimestrielles qu’elle me rend en toute discrétion. La vie s’écoule…

Jusqu’au jour où : une crise (une : rien d’anormal à ça) ; puis une deuxième, quelques jours plus tard (quoi, déjà ?) ; puis une troisième dans la foulée (encore ?!). Waouw ! Aura ne peut plus se passer de moi , on dirait ?! Il se passe quelque chose. ÉvidemmentAura, elle, a tout compris avant moi : je suis enceinte !

Voilà notre Aura bourrée d’hormones et ça lui donne un grain de folie ! Pour cette première grossesse, elle sera pleine de fantaisie : respecter l’ordre établi — troubles de la vue, picotements, aphasie ? Mais tu rêves, ma pauv’fille !!! On est enceintes, quoi ! On s’amuse !!! Et vas-y que j’t’emmêle et que j’t’embrouille avec des crises toutes plus bizarres les unes que les autres.

– Bon, Aura, tout ça c’est bien joli mais j’suis un peu fatiguée, quand même. Tu pourrais pas me laisser souffler un peu ? J’ai cours, là…

Mais Aura fait la sourde oreille et les crises se succèdent, me plongeant à chaque fois dans la confusion : composer un n° de téléphone (ben oui, avant le portable, il fallait composer les numéros soi-même !!!), se souvenir d’une liste de vocabulaire, d’une règle de grammaire apprise la veille ? Peine perdue, avec Aura ! Elle vient tellement souvent que j’ai du mal à récupérer entre deux visites ! Sans compter que l’état nauséeux qui accompagne la crise ne fait pas très bon ménage avec l’appétit capricieux d’une femme enceinte.

Faut-il préciser au passage que c’est à ce moment-là que j’ai soigneusement rangé mes fameuses lunettes au fond d’un tiroir, où elles dormiraient encore si je n’avais pas déménagé depuis… Migraine ophtalmique = problème de vue ? Mon œil !

Pour mes 3 grossesses suivantes, Aura sera un peu plus conformiste, certes, mais tout aussi pressante. J’ai beau la connaître par cœur, quand je la verrai revenir 4 fois en 2 jours, bonjour la panique ! Ce sera pourtant lors de ma quatrième grossesse (et je ne serai donc plus une débutante en la matière), mais 4 fois en 2 jours : c’est flippant, même pour une pro de la migraine ! J’en parlerai très vite à ma gynécologue lors d’une visite de contrôle, espérant quelques réponses de la part d’une spécialiste… Mais rien. Pour ce genre de problèmes — me dira-t-elle — il faut s’adresser à un neurologue… Oui, mais moi, je lui parlais d’un problème hormonal (?!).

On est bien seul(e)s, n’est-ce-pas, face à notre Aura ?

La crise « de croisière »

Ni trop violente, ni trop fréquente.

Après la virulence de sa crise d’adolescence, Aura calme un peu ses ardeurs et adopte une fréquence de croisière.

Tandis que je m’installe avec enthousiasme dans ma petite chambre d’étudiante et du même coup, dans ma nouvelle vie de jeune adulte, elle prend l’habitude de me rendre une petite visite trois ou quatre fois par an. Elle passe, juste comme ça, presque en copine, histoire de ne pas me laisser l’oublier…

J’ai presque envie de dire qu’elle s’invite gentiment pour le café… A l’époque, c’est ce qu’on m’a conseillé de prendre : du café stretto stretto, noir bien sûr, avec du jus de citron ! Beurk ! C’est parfaitement imbuvable. Et totalement inefficace ! Tout comme le paracétamol, que je continue à prendre malgré tout dès qu’Aura débarque. J’ai aussi des lunettes qui traînent à peu près partout ailleurs que sur mon nez… Elles sont censées corriger un défaut visuel imperceptible qui serait à l’origine de ces migraines ophtalmiques

La crise adolescente

Celle-ci a toute la fougue et la violence de sa jeunesse. Après quelques années de calme plat, Aura revient en force pour mes 16 ans et là, chacun de ses passages me met K.O. pour 3 jours complets ! La douleur est insoutenable. Quoi que je fasse, rien ne la soulage. On m’a prescrit des comprimés à la caféine. Non seulement ils n’ont aucun effet, mais en plus, ils sont parfaitement infects et me rendent encore plus nauséeuse.

Je me revois en cours de français. Aura est là mais je ne veux pas me faire remarquer : j’attendrai la fin du cours pour m’éclipser discrètement… Je m’efforce malgré tout de continuer à prendre mes notes. J’entre sans même m’en rendre compte dans une sorte d’état second… La voix de la prof vient résonner étrangement à mes oreilles : « Vous ne vous sentez pas bien, Marie » ?

Il faut deux camarades pour me soutenir dans les escaliers : 3 étages pour descendre dans la cour, 2 pour monter jusqu’à ma chambre, à l’internat. J’y resterai clouée au lit pendant des heures, cherchant vainement une position pour soulager cette douleur. Je me serais tapée la tête dans les mûrs si ça avait pu y faire quelque chose !

Quand je jetterai un coup d’œil à mes notes de français, quelques temps après, je comprendrai ce qui avait alarmé la prof : à un moment donné, sur la feuille, on voit mon écriture partir complètement en vrille !!!  Entre nous, je n’ai plus jamais essayé de tenir le coup par la suite. C’est depuis lors que j’ai pris l’habitude de me mettre hors service dès qu’Aura pointe le bout de son nez. Je n’oppose aucune résistance ! Aura est là ? Hop : mes cachets et au lit !!! Tout ce que je veux, c’est réussir à plonger dans le sommeil avant de perdre mes mots.

Ah oui, j’allais oublier : la conclusion « logique » de ce nouveau pic de migraines ophtalmiques ? …Retour chez l’ophtalmo, bien sûr !!!